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picto Maîtrise des infections mammaires au tarissement, quelle stratégie adopter ?

Chaque période de tarissement des laitières doit être considérée comme une étape déterminante pour la carrière des vaches, la qualité de leurs veaux ainsi que celle de leur production. En particulier, il est essentiel que cette phase permette l’amélioration de la situation du troupeau en matière d’infections mammaires. Assurer une bonne reprise de la lactation, sans mammite et avec des comptages cellulaires bas, est indispensable.


Pourquoi traiter les infections mammaires au tarissement ?

 

Les vaches ont été exposées durant la lactation à de forts risques de contamination de la mamelle. Cela s'est traduit, pour certaines, par l'apparition de mammites cliniques qui ont fait l'objet de traitements sans toutefois toujours obtenir la guérison bactériologique. Dans un certain nombre de cas sont apparues des mammites subcliniques persistantes évoluant à bas bruit. Certaines vaches hébergent donc dans leur mamelle des bactéries en quantité plus ou moins importante au moment du tarissement. Déterminer le statut de la mamelle est donc un élément important pour un tarissement réussi.

 

Pendant la période sèche, la mamelle est également menacée par de nouvelles infections. Le début et la fin de la période de tarissement constituent des périodes plus sensibles. La mamelle met en place ses propres systèmes de défense (élaboration de substances anti-bactériennes et formation d'un bouchon muqueux qui obstrue le canal du trayon). Malgré cela, certain microbes peuvent parvenir à pénétrer dans la mamelle notamment par défaillance de ce bouchon muqueux naturel obturateur.

 

Le traitement administré a donc deux principaux objectifs :

  • Empêcher de nouvelles bactéries de pénétrer et de se développer dans la mamelle pendant la période  sèche.
  • Guérir les quartiers infectés, en détruisant tous les microbes présents dans la mamelle.


Quelle réussite doit-on rechercher ?

 

Les traitements au tarissement ont leurs limites, il est illusoire d'espérer 100% de guérison et de prévention. Pour la guérison des mamelles infectées, un bon résultat est atteint quand 70% des vaches à plus de 300.000 cellules au moment du tarissement, donnent moins de 300.000 cellules après le vêlage.

Pour la prévention des vaches saines, un bon résultat est obtenu quand moins de 10% des vaches saines avant le tarissement, se trouvent à plus de 300.000 cellules après vêlage.


Quelles sont les caractéristiques d'un bon traitement ?

 

Pour la prévention des nouvelles infections, le traitement doit être actif, au bon moment,  contre les différentes espèces bactériennes risquant de pénétrer dans la mamelle.

Le principal risque de contamination par les staphylocoques court pendant les trois premières semaines de la période sèche. Le risque lié aux streptocoques demeure pendant toute la phase de tarissement. Enfin, le risque lié aux colibacilles est surtout important durant le dernier tiers de la période sèche.

Assurer une large protection des mamelles pendant tout le tarissement n'est donc pas chose facile ! La spécialité utilisée doit être active contre des bactéries très différentes, avec des phases à risque plus ou moins important, et pendant une longue durée.

 

Quand la mamelle est déjà infectée au tarissement, il faut frapper fort et en profondeur. On choisira donc une spécialité intramammaire active contre les staphylocoques et les streptocoques, gardant une forte concentration dans les canaux à lait (lieu de vie principal des microbes) mais capable aussi de diffuser dans le tissu mammaire proche des canaux, car un certain nombre de microbes ont pu s'y installer. L'injection complémentaire intramusculaire d'un antibiotique capable d'atteindre ces bactéries enkystées dans le tissu mammaire pourra, dans certains cas précis, compléter l'administration intramammaire.


Peut-on se passer d'antibiotiques au tarissement ?

 

Certaines spécialités proposées au tarissement ne sont pas des antibiotiques et ont seulement un effet préventif. C'est le cas des obturateurs internes, qui permettent de palier à la défaillance de l'obturation naturelle du trayon.

Ces produits ne peuvent être utilisés seuls que sur les vaches saines (moins de 150.000 cellules), peu sensibles aux mammites, et dans les exploitations où l'hygiène du logement est parfaitement maîtrisée. Ils demandent en outre des règles strictes de mise en place.

Ces produits, très « techniques », peuvent être une solution très efficace à la prévention des contaminations de la mamelle en fin de période sèche. Le conseil de votre vétérinaire est indispensable.


Le choix du traitement au tarissement se raisonne en fonction du risque global du troupeau

Quelle stratégie adopter pour le troupeau ?

 

Le tarissement doit être raisonné en fonction du risque individuel de chaque vache (voir tableau ci-dessous) et du risque global dans le troupeau. Le risque global doit être évalué chaque année, en fonction notamment des résultats du tarissement de l'année précédente, du nombre de mammites pendant la lactation, des conditions de logement des vaches taries, de résultats d'analyses bactériologiques, etc.

 

Quand le risque global est maîtrisé, le traitement de chaque vache pourra être adapté à son risque individuel. Une spécialité assurant une protection pour la période la plus dangereuse (les 3 premières semaines), ou un obturateur de trayon, pourra suffire pour les vaches saines et peu sensibles aux infections mammaires. Les vaches sensibles ou à risque particulier recevront un traitement actif plus longtemps.

 

Quand le risque global n'est pas maîtrisé, une solution active sur les streptocoques et les staphylocoques, possédant en plus une longue action sur les colibacilles en gardant une concentration efficace en fin de période sèche est souhaitable.

 

Enfin, il faut savoir choisir ses réformes à la lumière de l'historique des comptages cellulaires individuels de l'animal depuis au moins un an. Les vaches à comptages élevés deux lactations de suite, les vaches à comptages élevés et présentant une anomalie de la mamelle, les vaches faisant des mammites à répétition sont à réformer.


 Tableau : Risque individuel des vaches au tarissement

Vache peu sensible

Notée saine (S) par le contrôle laitier.

Pas de mammite clinique pendant la lactation

Risque individuel FAIBLE

Vache sensible

Notée douteuse (D) ou infectée (I ou M) par le contrôle laitier

Au moins une mammite durant la lactation

Risque individuel ELEVE

Vache à risque particulier

Forte production au tarissement (>20 litres)

« Perdant son lait » facilement

Risque individuel INTERMEDIAIRE


Un bon traitement des infections mammaires au tarissement se raisonne donc sur la base de nombreuses informations et demande à être adapté précisément aux conditions de chaque élevage. Il ne doit jamais être pris à la légère !


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